| Ancienne chronique |
Bel ami
Les rencontres
franco-russes, en France ou en Russie, sont toujours sujettes à une confrontation
de l’image que chacun a vis-à-vis de l’autre, avec la réalité.
Nous avons toujours un certain nombre d’idées reçues concernant
les autres pays. C’est un fait, nous avons tous des stéréotypes
à propos des cultures étrangères. La question ici n’est
pas de savoir si ces stéréotypes sont vrais ou faux (question
très difficile à répondre dans certains cas) mais de comprendre
leur origine.
Le cas franco-russe est une exception intéressante. Ici, les personnes n’ayant pas de relations rapprochées avec l’autre pays sont, de prime abord, généralement surprises négativement par la réalité du pays visité.
Dans les faits, les Russes qui viennent pour la première fois en France se contentent naturellement de découvrir Paris. C’est alors que nous entendons combien le métro parisien est petit, sale et odorant; que les rues de Paris sont remplies d’individus de toutes couleurs et d’aspect; que les Françaises ne sont pas si élégantes après tout, etc.
À peu
de choses près, nous entendons les mêmes réflexions lors
de la visite de touristes français à Moscou : Le métro
est très beau mais crasseux, les passants vous bousculent, personne ne
parle français, les gens sont habillés en gris, les immeubles
ressemblent à des HLM, etc.
Il est évident que les expatriés et autres émigrés
de longue date comprennent le pourquoi du comment de cette réalité.
Mais si les touristes ont de tels stéréotypes, c’est avant
tout pour une raison historique unique aux relations franco-russes: Une immigration
haute gamme.
En effet, les deux pays ont une longue histoire d’émigration et d’immigration dans les deux sens. La particularité franco-russe tient dans le type de personnes voyageant chez l’autre.
La France a reçu tout au long de son histoire un nombre impressionnant d’immigrés de tous les horizons. Dans la majeure partie des cas, ces immigrés étaient des ouvriers non qualifiés travaillant dans l’agriculture, l’industrie ou le secteur minier. Mais il y avait peu de russes parmi ceux-là. Les Russes de France, dans leur grande majorité, ont toujours appartenu à l’élite de leur pays. Dans la Russie tsariste, cette émigration était surtout composée de riches princes ou marchant; à la révolution, de grandes familles chassées de Russie; dans la Russie soviétique, de linguistes, artistes et diplomates. Naturellement, c’est une image d’élégance, de francophonie et de grandeur qui est restée imprégnée dans l’imaginaire français concernant les représentants russes.
Côté français, c’est presque la même situation. Les Français n’ont jamais été des champions de l’émigration (à l’exception des basques et des bretons en Amérique du Nord) sauf dans le cas de la Russie. En effet, la communauté française dans la Russie impériale à toujours fait bonne figure au sein des étrangers de Russie. Mais les étrangers ont toujours vécu en vase clos dans les quartiers étrangers de Moscou, et ils appartenaient aussi à la catégorie supérieure de la société française. Intellectuels/artistes (de Voltaire à Mireille Matthieu), grands industriels (Chocolaterie, métallurgie...), diplomates mais surtout banquiers (la Société Générale ou encore le Crédit Lyonnais avaient déjà des succursales en Russie impériale).
Dans les deux cas, l’imagerie qui s’est peu à peu développée était loin des sociétés qui ont évolué de part et d’autre. Aujourd’hui, lorsque ces stéréotypes sont confrontés à la réalité, le fossé est alors d’autant plus grand.
Dans un monde
où l’information voyage plus vite que les personnes, une représentation
culturelle moins romanesque mais plus réelle est en train d’émerger.
C’est seulement en connaissant cette réalité que les incompréhensions
culturelles disparaîtront.
© J. Dumetz Moscou, Janvier 2005
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